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Sara Aagesen Munoz et Teresa Ribera, fortes têtes de l’écologie

Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir en Espagne en 2018, le pays est observé pour ces différentes avancées et réussites politiques de toutes sortes. Si l’économie et les droits sociaux progressistes sont les plus souvent cités, l’écologie n’est pas en reste et fait même figure d’exemple dans une Europe vivant un backlash vert.

Illustration d'Amandine Richaud Crambes

Amandine Richaud-Crambes

11 déc.

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Sara Aagesen Munoz et Teresa Ribera, fortes têtes de l’écologie

Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir en Espagne en 2018, le pays est observé pour ces différentes avancées et réussites politiques de toutes sortes. Si l’économie et les droits sociaux progressistes sont les plus souvent cités, l’écologie n’est pas en reste et fait même figure d’exemple dans une Europe vivant un backlash vert.

Illustration d'Amandine Richaud Crambes

Amandine Richaud-Crambes

11 déc.

Selon un rapport publié en 2025, 63 % de la population espagnole considère que la lutte contre le changement climatique devrait être une priorité nationale [1]. Un signe que les enjeux écologiques pèsent fortement dans le débat public. Cette préoccupation est particulièrement nette chez les femmes : 88 % d’entre elles jugent le réchauffement climatique comme un problème très grave. Cette fibre environnementale on la retrouve chez 2 femmes qui marquent la politique espagnole, Teresa Ribera Rodriguez et Sara Aagesen Muñoz.

Teresa Ribera Rodríguez, née à Madrid en 1969, s’est imposée en deux décennies comme une figure majeure des politiques environnementales et de la transition énergétique en Europe. Juriste de formation, elle incarne une génération de responsables publics pour qui écologie, justice sociale et compétitivité économique doivent aller de pair dans l’agenda politique du XXIᵉ siècle. Diplômée en droit de l’Université Complutense de Madrid en 1992, avec un diplôme en droit constitutionnel et science politique, Ribera rejoint ensuite le Corps supérieur des administrateurs civils de l’État, l’un des corps les plus prestigieux de la fonction publique espagnole. Elle y amorce une carrière technique centrée sur l’environnement, l’énergie et les politiques climatiques. En 2018, Teresa Ribera entre au gouvernement espagnol dirigé par Pedro Sánchez. D’abord ministre de la Transition écologique, elle est rapidement promue vice-présidente du gouvernement avec un portefeuille élargi intégrant les défis démographiques, reflétant une approche transversale des enjeux publics.

La consécration de son influence se concrétise début décembre 2024, lorsqu’elle est nommée première vice-présidente exécutive de la Commission européenne, avec la responsabilité d’une transition propre, juste et compétitive, ainsi que de la politique de concurrence ; un portefeuille titanesque qui lie transition écologique et compétitivité économique dans l’Union. À ce poste, Ribera travaille à faire avancer le Green Deal européen, à moderniser les règles de la concurrence pour renforcer les industries européennes et à intégrer des approches durables au cœur du marché unique. Elle se démarque au sein de la Commission par sa robustesse sur les sujets écologiques et son ambition anti-nucléaire, ses propos clairs sur le génocide en cours à Gaza ou encore sur ses positions anti-Trump.

Sara Aagesen naît à Madrid, d’une mère espagnole et d’un père danois. Elle obtient sa licence d’ingénieur chimiste à l’Université Complutense de Madrid, avec une spécialisation en environnement, posant ainsi les bases scientifiques de sa future carrière dans le secteur public. Sa trajectoire débute en 2002 au sein de la Office Espagnol du Changement Climatique (OECC), où elle y développe une expertise pointue dans l’action climatique et la transition énergétique, combinant analyses techniques, planification stratégique et négociations internationales. C’est également à partir de cette période qu’elle devient négociatrice pour la délégation espagnole lors des négociations de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC) et collabore avec le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC / IPCC). En 2018, elle a été nommée conseillère au cabinet du ministère de la Transition écologique, où elle a été chargée de la direction, de la coordination et de la définition du projet de Plan national intégré énergie-climat (PNIEC) 2021-2030 et de la Stratégie à long terme 2050.

C’est donc en toute logique que depuis novembre 2024, Sara Aagesen Muñoz, 48 ans, devient l’héritière du ministère laissé par Teresa Ribera. C’est toujours l’un des postes les plus sensibles du gouvernement espagnol : Ministre de la Transition écologique et du Défi démographique, tout en étant Troisième vice-première ministre du gouvernement de Pedro Sánchez. Elle doit à la fois poursuivre la décarbonation de l’économie, répondre à une crise climatique tangible, et réconcilier environnement et cohésion territoriale dans un pays en mutation rapide. Depuis son entrée en fonction, Aagesen a défendu l’expansion des énergies renouvelables comme levier de compétitivité économique, affirmant que la transition énergétique a permis à l’Espagne d’économiser des milliards d’euros dans un contexte post-pandémique et géopolitique tendu de guerre en Ukraine.

Outre la lutte contre le changement climatique et la promotion des énergies propres, Aagesen est également chargée des questions démographiques : stopper l’exode rural et revitaliser des territoires confrontés à une désertification humaine et économique. Ce « défi démographique » est devenu un objectif politique en soi, car il interfère directement avec les politiques environnementales : zones rurales dépeuplées sont souvent aussi celles les plus vulnérables aux aléas climatiques et aux pertes de biodiversité. C’est d’ailleurs sur les femmes rurales qu’elle pourra s’appuyer pour ce défi.

En effet, en décembre 2024, le Parlement andalou a adopté le Statut des femmes rurales et maritimes, un texte pionnier visant à garantir l’accès aux ressources, à l’emploi, à la protection contre les violences et à la représentation équitable dans les instances locales. L'Espagne se distingue comme un exemple inspirant d'utilisation de la PAC pour réduire les inégalités entre les femmes et les hommes dans les zones rurales. Dans de nombreuses communes andalouses, des femmes sont en train de réinventer l’économie locale. À Ronda, dans la province de Cadix, une série de cours gratuits pour femmes entrepreneures en agrotourisme et durabilité a attiré des participantes intéressées par des projets écologiques, de tourisme rural ou de gestion collective de ressources. Ces formations, qui mêlent leadership, économie sociale et pratiques durables, sont soutenues par des fonds européens et des programmes publics visant à renforcer l’attractivité des territoires ruraux. D’autres projets locaux témoignent de cette dynamique comme Gabarrera, une brasserie artisanale 100 % biologique qui intègre dans son modèle la protection du territoire et la communauté. Ces initiatives illustrent comment l’économie circulaire et la biodiversité peuvent être des leviers de croissance rurale conduits par des femmes.

La transition écologique espagnole est une transformation profonde dans laquelle les femmes jouent un rôle stratégique, liant égalité des genres et lutte contre le changement climatique.

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