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Plus d’élues, mais pas plus de maires

Pour les élections municipales de 2026, la parité sera pour la première fois étendue aux communes de moins de 1 000 habitant·es. Une réforme importante, car ces communes représentent 24 864 collectivités sur les 34 875 que compte la France.

Léa Chamboncel

13 mars

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Plus d’élues, mais pas plus de maires

Pour les élections municipales de 2026, la parité sera pour la première fois étendue aux communes de moins de 1 000 habitant·es. Une réforme importante, car ces communes représentent 24 864 collectivités sur les 34 875 que compte la France.

Léa Chamboncel

13 mars

Elle a 51 ans, elle vit dans une commune de 544 habitant·es en Seine-et-Marne. Depuis douze ans, elle est première adjointe au maire. Sa candidature pour prendre la tête de la liste sortante aux prochaines municipales semblait donc presque naturelle. Jusqu’au moment où l’un de ses colistiers a suggéré qu’il serait peut-être préférable qu’il se présente à sa place. La raison ? Les habitant·es du village préféreraient sûrement voter pour un homme, le niveau zéro de l’argumentaire misogyne.

Après plusieurs semaines de discussions animées, elle a tenu bon. Et tout indique qu’elle deviendra bientôt la maire de cette petite commune.

Son histoire dit beaucoup de la politique locale française, au moment où les règles du jeu viennent de changer. Pour les élections municipales de 2026, la parité sera pour la première fois étendue aux communes de moins de 1 000 habitant·es. Une réforme importante, car ces communes représentent 24 864 collectivités sur les 34 875 que compte la France. Autrement dit, la grande majorité des municipalités.

Jusqu’ici, ces petites communes échappaient à l’obligation de constituer des listes paritaires. Résultat : les femmes y étaient nettement moins nombreuses dans les conseils municipaux. Dans les communes de plus de 1 000 habitant·es, où la parité est imposée depuis longtemps, elles représentent 49 % des conseillères municipales. Dans les communes plus petites, elles n’étaient que 38 %.  

L’extension de la loi devrait donc mécaniquement faire entrer beaucoup plus de femmes dans les conseils municipaux à partir de 2026, mais cela ne signifie pas forcément qu’elles dirigeront davantage de communes.

Car la question du pouvoir se joue ailleurs : au moment de désigner qui mène la liste. Et sur ce point, les chiffres restent têtus. Selon les données compilées par Politis, seulement 24,4 % des listes déposées pour les municipales de 2026 sont menées par une femme, soit à peine un point de plus qu’en 2020. Autrement dit : les femmes seront plus nombreuses dans les équipes municipales, mais les hommes continueront très majoritairement à en prendre la tête. 

Cette situation n’a rien d’anecdotique. En 2022, les femmes représentaient 41,5 % des élu·es locaux·ales, mais seulement 19,8 % des maires. Et plus on monte dans la hiérarchie territoriale, plus leur présence se réduit : à peine 11,8 % des présidences d’intercommunalité sont occupées par des femmes. La parité permet donc d’ouvrir la porte, mais elle ne garantit pas l’accès à la pièce où se prennent les décisions.

Lorsque j’ai écrit mon premier ouvrage sur la place des femmes en politique, j’ai eu l’occasion d’interviewer Édith Cresson, longtemps la seule femme à avoir été Première ministre en France. Je lui avais demandé à quel moment, dans sa carrière, elle avait réellement eu le sentiment d’exercer du pouvoir. Elle m’avait répondu : jamais. Puis elle avait marqué une pause et ajouté : “En fait si. Une fois. Quand j’étais élue locale.” 

Cette phrase m’est restée. Parce que la politique locale est souvent le premier lieu où s’exerce un pouvoir concret. Celui qui décide de l’école du village, de l’accès aux transports, des services publics, de la vie quotidienne. C’est précisément pour cela que la question de la place des femmes dans les municipalités est si importante.

La loi va permettre à davantage de femmes d’entrer dans les conseils municipaux. Mais si elles continuent d’être écartées des têtes de listes, alors l’équation restera la même : plus de femmes élues, mais toujours moins de femmes qui gouvernent.

Et parfois, tout se joue dans un moment très simple. Comme lorsqu’une femme explique à son colistier que non, elle ne lui laissera pas sa place. 

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