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Nos luttes ont besoin de visages, pas de stars

Les combats politiques ont toujours eu besoin de visages, de voix, de récits capables de rendre visibles des réalités abstraites. Une cause sans incarnation peine à mobiliser. Elle reste théorique, lointaine, désincarnée. Donner un corps à une lutte, c’est souvent lui donner une chance d’exister dans l’espace public. 

Léa Chamboncel

20 févr.

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Nos luttes ont besoin de visages, pas de stars

Les combats politiques ont toujours eu besoin de visages, de voix, de récits capables de rendre visibles des réalités abstraites. Une cause sans incarnation peine à mobiliser. Elle reste théorique, lointaine, désincarnée. Donner un corps à une lutte, c’est souvent lui donner une chance d’exister dans l’espace public. 

Léa Chamboncel

20 févr.

Les combats politiques ont toujours eu besoin de visages, de voix, de récits capables de rendre visibles des réalités abstraites. Une cause sans incarnation peine à mobiliser. Elle reste théorique, lointaine, désincarnée. Donner un corps à une lutte, c’est souvent lui donner une chance d’exister dans l’espace public. 

Mais le glissement de l’incarnation à la starification n’est jamais loin.

Lorsque quelques figures concentrent l’attention médiatique et politique, la focale se déplace. On ne parle plus seulement des rapports de domination, des lois, des structures. On parle d’elles, de leur style, de leur personnalité, de leurs contradictions. La complexité des enjeux se réduit parfois à des trajectoires individuelles. Et peu à peu, la lutte risque de se raconter davantage que de se mener. 

Ce phénomène produit des effets très concrets. D’abord, il peut favoriser une forme de dépolitisation. À force de surresponsabiliser certaines figures, on finit par se désengager. Quelqu’un·e parle pour nous, mieux que nous, plus fort que nous. On relaie, on applaudit, on commente et l’on confond parfois visibilité et action. Or une lutte ne peut pas reposer durablement sur la représentation. Elle a besoin de participation et d’action. 

Les réseaux sociaux accentuent ce mouvement. Ils encouragent une relation affective aux figures militantes. On adhère à une personne avant d’adhérer à une réflexion politique. On “aime” ou l’on “n’aime pas”, et cette impression devient déterminante. L’algorithme valorise les visages, l’intimité, l’émotion. Plus une figure se rend accessible, plus elle gagne en visibilité. Cette logique n’est pas neutre : elle pousse à personnaliser, à lisser, parfois à édulcorer. 

Le risque n’est pas que des militant·e·s deviennent visibles. Le risque est que la visibilité devienne une fin en soi.

Et lorsque la popularité devient une ressource politique, elle risque d’affaiblir les dynamiques collectives. Plus une figure devient centrale, plus le travail collectif qui l’a rendue visible tend à disparaître derrière elle. Les désaccords se personnalisent, les tensions se cristallisent autour de noms plutôt qu’autour de lignes politiques. Et la mise en concurrence (encouragée par les logiques de visibilité) peut diviser des mouvements qui auraient besoin de se renforcer.

Incarner une lutte est nécessaire, mais starifier les figures est un danger.  

La question n’est donc pas de refuser les figures. Elle est de préserver le “nous” derrière le “je”. De rappeler que les visages ne sont que des points d’entrée vers des combats plus larges. Que la visibilité doit servir la transformation sociale, et non l’inverse.

Car aucune lutte ne tient longtemps si elle repose sur des personnes plutôt que sur des forces collectives.

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