Ces dernières années, les inquiétudes des électeurs et des électrices portent évidemment davantage sur les risques liés à l’extrême droite que sur la question de la parité dans les assemblées. Il n’en reste pas moins que le sujet est fondamental. Une récente enquête Ipsos montre toute la complexité du débat. Si la parité continue d’être perçue comme une contrainte, plus de 57 % des sondés estiment qu’il n’existe aucune différence de compétences entre hommes et femmes. En revanche, lorsqu’on se penche sur les qualités jugées nécessaires pour un maire, les réponses révèlent des biais persistants : pour les hommes, on cite l’honnêteté, la défense des intérêts de la commune, l’écoute et la proximité ; pour les femmes, la défense des intérêts de la commune, la capacité à bien s’entourer, ainsi que l’écoute et la proximité. Autrement dit, de nombreux·ses sondé·es considèrent encore que les hommes seraient spontanément prêts à exercer le pouvoir, là où les femmes auraient besoin d’être davantage soutenues par leur équipe.
Dans le même ordre d’idées, parmi les 90 % de répondants qui estiment les femmes tout à fait compétentes, 39 % pensent également qu’elles « s’intéressent moins » à la politique que les hommes. Et parmi les 80 % qui jugent nécessaire d’œuvrer à une meilleure représentation des femmes, 40 % considèrent malgré tout que le système politique ne les désavantage pas.
Il ne reste guère que les réactionnaires pour affirmer que la parité en politique — et a fortiori en politique locale — ne serait ni nécessaire ni bénéfique. On observe un consensus en faveur de l’égalité. En revanche, ce qui doit nous alerter, c’est la très faible prise en compte des obstacles structurels qui se dressent encore sur le parcours des femmes en politique. La croyance selon laquelle elles seraient moins intéressées que les hommes ou que leurs réticences seraient uniquement liées à des préoccupations individuelles demeure extrêmement tenace.
Les écueils qui entravent une représentation fidèle des femmes (et d’autres minorités, bien sûr) ont pourtant été largement documentés : freins systémiques, violences sexuelles et verbales, rapport inégal au temps, etc. Tout cela est bien connu. Et l’on peut raisonnablement penser que les résistances à les reconnaître, à les analyser et à les combattre ne relèvent pas uniquement de l’ignorance, mais aussi — plus profondément — d’une volonté de ne pas partager le pouvoir.